Lustre à six ou neuf lumières
Origine / signature : Saint-Pétersbourg
Epoque : Première moitié du XIXe siècle, ca 1845
Matériau(x) : Bronze ciselé et doré, malachite de Sibérie et cristal de roche
Dimensions : 75 cm (hauteur) x 55 cm (diamètre)
Particularités : Ce lustre exceptionnel, à six ou neuf lumières selon les besoins, présente la caractéristique d’associer dans son décor, outre le bronze doré, des matériaux précieux tels que la malachite et le cristal de roche. Il comporte en tout neuf binets, dont trois accueillent chacun un obélisque de cristal de roche taillé, sommé d’un plumet de pampilles, également en cristal de roche. Ces obélisques sont amovibles et laissent place à des bougies au cas où l’on souhaite intensifier l’éclairage. En partie supérieure, le couronnement en bronze doré est orné de trois couronnes de fleurs et, en son centre, d’un culot formé par une graine. Du couronnement descendent trois chaînes constituées d’une alternance de maillons plats ouvragés et de bagues. Chacune des chaînes se divise en deux pour venir s’accrocher à l’une des trois paires de lumières. Le corps du lustre est constitué d’une vasque à six échancrures, plaquée de malachite. Cette vasque est ornée d’appliques en bronze doré à motif de palmettes, et, en son centre, d’une rosace rayonnante terminée par une graine. La vasque supporte trois paires de binets en alternance avec trois binets isolés ; tous sont pourvus d’un bassin en cristal de roche. Chacune des six extrémités supportant les lumières est agrémentée d’un masque en bronze doré à motif de tête de lion. Enfin, la vasque porte en son centre un vase à l’antique en cristal de roche. Il est constitué de trois pièces : l’une, la plus importante, formant le corps, a été extraite d’un important bloc de cristal ; les deux autres, séparées d’un disque de bronze doré, composent le piédouche.
La malachite, forme stalagmitique de carbonate de cuivre extraite des monts Oural, connaît un essor décisif dans les arts décoratifs russes dès le milieu du XVIIIe siècle. La plus célèbre réalisation est certainement le Salon de Malachite du Palais d’Hiver à Saint-Pétersbourg. En France, c’est au Grand Trianon qu’on peut voir les plus beaux spécimens de meubles ornés de malachite. En effet, c’est après la signature du traité de Tilsitt que le tsar Alexandre Ier offrit à Napoléon d’importants blocs de cette pierre très convoitée. Ces blocs servirent à enrichir des pièces de mobilier réalisées par Jacob-Desmalter en 1809 d’après des dessins de Percier et Fontaine, lesquelles, initialement destinées à orner le Grand Cabinet de l’Empereur aux Tuileries, furent ensuite placées au Grand Trianon dans le Salon de l’Empereur (« malachite room » en anglais), l’ancien Cabinet du Couchant.
Les trois principaux centres de taille rassemblant les artisans capables de travailler ce matériau précieux sont les ateliers lapidaires impériaux de Péterhof, d’Ékaterinenbourg et de Kolyvan. Le travail de placage de marqueterie de notre lustre semble quant à lui typique d’Ekaterinenbourg.
Dans son ouvrage consacré au mobilier russe, Antoine Chenevière décrit précisément la technique employée par les artisans pour orner meubles et objets de malachite :
Pendant la deuxième moitié du XVIIIe siècle, les lapidaires russes mirent au point une technique leur permettant de compenser les désavantages naturels de la pierre : la mosaïque russe. L’académicien A. E . Fersman la décrivait ainsi : « Les blocs de malachite sont sciés en plaques de quelques millimètres d’épaisseur. Ensuite, à leur tour, ces plaques sont découpées suivant le dessin de la pierre et les différents morceaux réunis les uns les autres, de façon à composer un dessin esthétique, en laissant les jointures les moins apparentes possible. Le tout es alors collé sur une base de pierre ou de métal et les inégalités égrisées puis polies. » La base sur laquelle on appliquait le placage était généralement une base de cuivre ou de fer et parfois, mais plus rarement, de pierre ou même de marbre. Il était essentiel d’utiliser un matériau dont la surface fût parfaitement lisse et qui ne présentât aucun danger d’altération avec le temps. Le placage n’était ainsi susceptible ni de se décoller ni de se craqueler. Lorsqu’on l’avait collé au moyen d’un ciment, on aplanissait sa surface par sablage puis on polissait à l’oxyde d’étain avec une peau de chamois. Cette opération était si méticuleusement menée à bien que, dans beaucoup de cas, les jointures entre les morceaux de malachite sont presque insoupçonnables, sinon invisibles. Souvent, les espaces laissés libres entre les morceaux de plus grande taille étaient comblés par une brèche de malachite formée de très petits fragments mélangés à une pâte en poudre de marbre teintée en vert. Ce procédé avait deux avantages- D’abord, il facilitait le travail des lapidaires. Ils pouvaient utiliser ce mélange aux endroits critiques, là où de plus grands fragments n’auraient pas convenu, dans les coins et sur les bords par exemple. Ensuite, il leur permettait d’accentuer l’effet visuel produit par la malachite. Cette technique de la mosaïque russe convenait particulièrement pour la fabrication de pièces de mobilier. Il est en effet assez difficile, sinon impossible, de fabriquer des meubles – des tables par exemple – à partir de monolithes de pierre de couleur : à la fois parce qu’ils requerraient une trop grande quantité de minéral pour un seul objet, et parce que la pièce en question serait ou trop fragile – pour être élégante – ou trop massive d’aspect – pour être assez solide. La technique de la mosaïque russe vient pallier ces inconvénients. Le fait d’appliquer le placage de pierre sur une base dont la forme et la taille peuvent varier dans des proportions assez larges, transforme la liberté du tailleur. Elle connaît dès lors beaucoup moins de limites.
Antoine Chenevière, Splendeurs du mobilier russe 1780-1840, Paris, Flammarion, 1989, pp. 266-269.
Enfin, pour ce qui est du dessin de ce lustre, on sait que les recueils gravés de croquis de Charles Percier (1764-1853) et de Pierre Fontaine (1762-1853) furent très exploités par les bronziers russes. Toutefois, ceux-ci faisaient aussi appel à leurs compatriotes, les architectes ornemanistes Carlo Rossi (Karl Ivanovitch Rossi, 1775-1849) et Andrei Nikiforitch Voronikhin (1759-1814). Le traitement des têtes de lion, associées à des palmettes, évoque bien en effet le style de Voronikhin. Quant à l’exécution elle-même, elle peut être mise en relation avec le travail d’André Schreiber (1777-1843), d’origine allemande, qui fonda une manufacture en 1801. Manufacture qui poursuivit ses activités jusqu’en 1858, soit bien après la mort de son fondateur, grâce à ses deux fils.
Etat : Excellent. Aucun manque. Une cassure sur l’un des obélisques, parfaitement restaurée.
Restaurations : Restauration à l’un des obélisques (voir ci-dessus). L’électrification a été faite de sorte qu’elle ne porte pas préjudice à l’intégrité de l’objet (aucun trou n’a été fait ni aucune colle employée). Il est donc facile de retirer l’électrification, si l’on souhaite retrouver le luminaire dans son état d’origine.
Prix : 30 000 € / 50 000 CHF




