Pendule « La Petite Prudence »

Boîte d’Antoine Foullet, maître en 1749.
Mouvement d’Henry Lacan, maître en 1756.
Époque : fin du règne de Louis XV, ca 1765.
Matériau : bronze ciselé et doré.
Dimensions : H. 29,5 – L. 29 – P. 10 cm.
Lieu de conservation : Collection particulière suisse.

Pendule Transition 'La Petite Prudence', bronze ciselé et doré, Paris, Foullet et Lacan, ca 1765. Copyright © 2008 L'Amateur.

Description

Pendule de bureau en bronze ciselé et richement doré à motif allégorique : une femme vêtue à l’antique, étendue et adossée à la borne cannelée soutenant le cadran, contemple son reflet dans un miroir, tandis que le serpent qu’elle tient dans sa main gauche vient se lover sur son sein. L’ensemble repose sur un socle bruni encadré d’une bordure amatie ornée de deux rosaces et doté de quatre pieds également en bronze doré. Le cadran émaillé blanc à chiffres romains pour les heures et arabes pour les minutes, est signé « Lacan a Paris » en lettres romaines, de même que la platine du mouvement (mais celle-ci, en écriture cursive).

État

Excellent état. Aucun manque. La dorure, de très belle qualité, jouant, comme il est d’usage, sur le contraste des mats et des brunis, est dans l’ensemble très bien conservée et n’a pas été reprise. Le cadran est intact. Le mouvement est également en parfait état de marche.

Pendule Transition 'La Petite Prudence', bronze ciselé et doré, Paris, Foullet et Lacan, ca 1765. Détail : Cadran signé 'Lacan A Paris'. Copyright © 2008 L'Amateur.

Restaurations

Aucune à notre connaissance. Mouvement nettoyé le 30 août 1805 par Michel Hurtz (indication figurant sur le mouvement communiquée par l’horloger ayant procédé à la dernière révision, en avril 2003).

Pendule Transition 'La Petite Prudence', bronze ciselé et doré, Paris, Foullet et Lacan, ca 1765. Détail : Platine du mouvement signée 'Lacan A Paris'. Copyright © 2008 L'Amateur.

Commentaire

La thématique de cette pendule a été interprétée de façon erronée par Tardy (p. 26) qui y voyait représentée la mort de Cléopâtre. C’était un peu méconnaître les usages prévalant au XVIIIe siècle dans le domaine des arts décoratifs, ceux-ci bannissant systématiquement tout sujet tragique de leur champ d’action. Le personnage allégorique incarne en fait la Prudence. Selon l’Iconologie de Cesare Ripa, la Prudence est représentée avec un miroir garantissant la « connoissance de soy-mesme » et une rémura. Avec le temps, cette dernière s’est muée en serpent, attribut traditionnel de l’Intelligence permettant d’« aller terre à terre dans les principes des choses terrestres ». Rappelons que dans l’Antiquité, le serpent lui-même est assimilé à certaines vertus, dont la prudence, et est l’un des animaux fétiches d’Athéna avec la chouette, comme en témoigne notamment la célèbre statue d’Athéna Parthénos. En effet, même à l’époque classique, Athéna, fille de Zeus, déesse de la Pensée, des Sciences et de l’Industrie, a pour compagnon habituel un serpent, et ses rapports avec Erechthée, le roi-serpent, sont particulièrement étroits. Elle est en outre protégée par l’égide, sorte de manteau d’écailles et de serpents provenant de la tête de la Gorgone, qu’elle peut utiliser comme bouclier. Enfin, le miroir, loin de symboliser ici la vanité, renvoie plutôt à la réflexion, fondement de la sagesse.

On connaît d’autres variantes de ce modèle. L’une, conservée au musée du Louvre (Inv. No 0A6625, voir aussi ici), comporte d’ailleurs un cadran changé au début du XIXe siècle. L’autre, conservée à Pavlosk, résidence de Paul Ier à Saint-Pétersbourg, figure dans l’antichambre du grand duc ou Secretary Room (Inv. No. 1389-IV).

Pendule Transition 'La Petite Prudence', bronze ciselé et doré, Paris, Foullet et Lacan, ca 1765. Dessin extrait du 'Livre de dessins de pendules' d'Antoine Foullet, manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet, Bibliothèque nationale de France, 58, rue de Richelieu, 75002 Paris, cote VI E 15 Rés., folio 34. Copyright © 2008 L'Amateur.

Il semble que la paternité de ce modèle puisse être attribuée avec certitude à l’ébéniste et marchand de pendules Antoine Foullet (ca 1710 – 1775, maître en 1749) et père de Pierre-Antoine Foullet (ca 1732 – ca 1780, maître en 1765). « (…) La Bibliothèque Doucet à Paris conserve un recueil de dessins de pendules, qui sont des modèles déposés vers 1770, dans lequel on trouve plusieurs exemplaires de pendules rocaille ou néoclassiques qui, bien qu’indiqués comme appartenant à Pierre-Antoine Foullet, correspondent tout à fait à ce que l’on connaît de la production du père et constitue certainement la meilleure illustration de son œuvre. » (Alexandre Pradère, pp. 275-277.)

Le répertoire de ce livre indique en outre « Foulet » (sic) comme l’auteur du modèle et le décrit ainsi : « Pièce de bureau, petite prudence, Foulet, couleur 275 L, dorure 187 L, prix dorée 462 L. » Ces indications montrent qu’il s’agit d’un modèle de qualité tant son prix total de 462 livres est élevé. En effet, il faut considérer que vers 1770, le salaire moyen annuel d’un ouvrier tourne autour de 265 livres (Bill Pallot, p. 72). Par comparaison, 400 livres est le prix à payer pour un très beau siège riche en sculpture très orné sur tous ses bois, alors qu’il faut compter quelque 10 livres pour un siège de fabrication courante. De même, il faut mettre entre 100 et 200 livres pour un meuble en placage – les commodes en acajou valant de 300 à 600 livres selon que les moulures sont en acajou ou en bronze (Alexandre Pradère, pp. 24-28). En d’autres termes, si l’on se réfère au barème reproduit par Bill Pallot dans son ouvrage (p. 72), notre pendule devait valoir à l’époque une somme comparable à 30 000 euros d’aujourd’hui.

Ajoutons pour finir que Hans Ottomeyer et Peter Pröschel datent ce modèle de 1765 (t. I, p. 162), en plein milieu de cette magnifique production dominée par le néoclassicisme naissant, encore empreint de la douceur rocaille. En témoignent particulièrement la physionomie et la coiffure du personnage féminin, très proches des modèles de François Boucher et d’Étienne Falconet.

Références bibliographiques

  • Livre de dessins de pendules, manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet, Bibliothèque nationale de France, cote VI E 15 Rés., folio 34.
  • Pavlosk, the collections, Paris, Alain de Gourcuff, 1993.
  • Pierre Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, Les Éditions de l’amateur, 1997.
  • Elke Niehüser, French Bronze Clocks, Atglen, Schiffer Publishing Ltd, 1999.
  • Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Munich, Klinkhardt & Biermann, 1986.
  • Bill G.B. Pallot, L’Art du siège au XVIIIe siècle en France, Paris, ACR-Gismondi Éditeurs, 1987.
  • Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, Chêne, 1989.
  • Tardy, La pendule française dans le monde, Paris, Tardy, 1994 (7e édition revue et complétée).
  • Pierre Verlet, Les Bronzes dorés du XVIIIe siècle, Paris, Picard, 1999 (2e édition).

Références internet

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