Suite de quatre chaises à dos Louis XIV

Origine : Suisse.
Époque : Louis XIV, fin du XVIIe siècle.
Matériau : noyer ciré.
Dimensions : H. 107 – L. 50 – P. 45 cm.
Lieu de conservation : collection particulière suisse.

Suite de quatre chaises à dos Louis XIV, noyer naturel, mouluré et sculpté, Suisse, ca 1690. Photographie : Reno Sterchi. Copyright © 2008 L'Amateur.

Description

Élégante suite de quatre chaises à piétement de noyer ciré (très belle patine) constitué de quatre balustres reliés par une entretoise en X. Le dossier est entièrement garni et sa traverse supérieure est cintrée « en chapeau ».

État

Excellent. Très bon état général de la garniture (à ressorts) et de la couverture (en velours). Deux chaises ont cependant perdu leur toupie au centre de l’entretoise.

Restaurations

Le piétement de l’une des chaises, cassé, a été recollé. La restauration a cependant permis de rendre sa solidité au siège tout en masquant parfaitement la cassure. Signalons par ailleurs quelques restaurations d’usage, les dossiers ayant nécessité quelques renforts au cours des décennies – non visibles puisque disparaissant sous la garniture.

Commentaire

Historiquement, ce modèle est intéressant à de nombreux titres.

Tout d’abord, il constitue l’une des premières manifestations du style majestueux qui s’affirmera tout au long du règne de Louis XIV. Jusqu’en 1650, la chaise – dite « chaise à dos » à l’époque pour la distinguer de la « chaise à bras », futur fauteuil – repose sur un piétement tourné, mais en spirale ou en chapelet, suivant la mode hispano-flamande ; l’entretoise qui assure la rigidité de l’ensemble est en H, également tourné en spirale ou en chapelet. Par ailleurs, les modèles de base, plus simples, d’obédience encore Renaissance, reposent sur quatre fûts en forme de colonne toscane reliés par une entretoise constituée de trois ou quatre traverses disposées soit « en cadre » soit en H. Dès la seconde moitié du XVIIe siècle apparaissent de nouvelles formes, plus généreuses. Elles se caractérisent par un piétement généralement tourné en balustre, d’inspiration italienne, et par un dossier beaucoup plus haut qu’auparavant, déjeté en arrière ; dans le cas des chaises à bras, ces derniers épousent une ligne flexueuse et viennent s’embrever haut sur le dossier. L’un des exemples les plus parlants de ce style qui inaugure le règne personnel de Louis XIV est le « meuble » (ensemble de sièges) du château d’Effiat, conservé au musée du Louvre. Ces fauteuils présentent une entretoise encore en H, mais qui ne tardera pas à évoluer vers le X. De même, leur « grand dossier » (entendez la traverse supérieure du dossier) est encore droite mais s’incurvera rapidement pour épouser la forme dite « en chapeau », comme sur nos chaises qu’on peut dater, compte tenu du délai de diffusion des modèles à l’étranger, des années 1690.

En outre, comme le rappelle Guillaume Janneau, la chaise à dos « est le siège protocolaire auquel ont droit, devant la Couronne, les personnages hautement qualifiés : Monseigneur – le Grand Dauphin – fils de Louis XIV, occupe une chaise à dos entre son père et son fils, Philippe V, roi d’Espagne, assis tous deux dans un fauteuil. Durant l’audience accordée par Louis XIV, en 1664, au légat chargé des « réparations » du pape, le cardinal occupe une chaise à dos, face au roi dans sa chaise à bras : le siège royal gardait ce nom. »

Enfin, quoique très fidèles aux canons français d’équilibre et d’élégance, ces chaises s’en distinguent par un détail technique : dans les modèles français, l’entretoise s’emmortaise perpendiculairement dans les quatre pieds, ces derniers étant réalisés d’un seul tenant. Pour ce qui est des sièges de la même époque réalisés en Suisse, l’entretoise se termine par quatre parallélépipèdes aplatis perfo­rés. Un tourillon traverse chacune de ces extrémités et relie le balustre à une miche aplatie, venant ainsi compléter le pied.

Comme le rappelle Roubo, ces chaises garnies en plein coûtant cher, elles étaient réservées à une riche clientèle : « Ces Siéges ainsi garnis ne furent d’abord qu’à l’usage des gens aisés, le commun du peuple se servant de Siéges faits par les Tourneurs, lesquels les garnirent de paille de diverses couleurs ; et à leur imitation les Menuisiers s’aviserent de faire des garnitures de Chaises avec du jonc ou du roting, connu sous le nom de canne, ou roseau des Indes. » Au reste, ces chaises Louis XIV furent appréciées pour leur confort durant tout le XVIIIe siècle, dans les demeures bourgeoises ou seigneuriales éloignées de la capitale, que les dernières modes parisiennes se contentaient, la plupart du temps, d’effleurer. En témoignent par exemple certains portraits réalisés par Carmontelle ou des scènes intimistes de Chardin, comme Le Bénédicité.

Jean Siméon Chardin (1699-1779), 'Le Bénédicité', 1740, huile sur toile, 49,5 x 38,4 cm, Musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg. (À propos de la suite de quatre chaises à dos Louis XIV.)

Jean Siméon Chardin (1699-1779), Le Bénédicité, 1740, huile sur toile, 49,5 x 38,4 cm,
Musée de l’Hermitage, Saint-Pétersbourg.

Références bibliographiques

  • Guillaume Janneau, Le Mobilier français, les Sièges, Paris, les Éditions de l’amateur, 1993, pp. 38-40.
  • Bill G.B. Pallot, Le Mobilier du Musée du Louvre, Paris, Éditions Faton, 1993.
  • Nicole de Reyniès, Le Mobilier domestique, vocabulaire typologique, Paris, Imprimerie nationale, 1992, t. I.
  • Jacques-André Roubo, L’Art du Menuisier en meubles, seconde section de la troisième partie de l’Art du Menuisier, 1772, p. 608.

Références Internet

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2 commentaire sur Suite de quatre chaises à dos Louis XIV

  1. QUEL EST LE PRIX D UNE CHAISE? S IL VOUS PLAITJ AIMERAI EN ACHETER MERCI DE ME REPONDRE

  2. ESTIENNE

    Bonjour,

    Puis-je me permettre de vous demander si vous connaissez la marque du magnifique velours à rayures qui recouvre cette suite de quatre chaises Louis XIV ?

    A l’avance je vous remercie de vore réponse.

    Cordialement,
    E. Estienne

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