Description

Large commode à double ressaut central et évasements sur les côtés — traits caractéristiques de la belle production Transition Louis XV-Louis XVI. Elle comporte cinq tiroirs répartis sur trois rangs : trois petits en ceinture et deux grands disposés sans traverse. Le bâti est en chêne, comme la plupart des meubles parisiens de qualité exécutés à cette période. La commode s’orne en façade d’une marqueterie à cubes sans fond, dite au XVIIIe siècle « à dés », dans le goût mis à la mode par Jean-François Œben : bois de rose et sycomore teinté dans des encadrements à la grecque en amarante bordés de buis. Sur les côtés, un frisage de bois de rose dans des encadrements similaires. La garniture de bronze doré néoclassique, simple mais de bon goût, se compose de chutes, d’un cul-de-lampe sur le tablier, d’entrées de serrure, d’anneaux de tirage et de sabots. L’ensemble est coiffé d’un plateau de marbre rouge royal du Languedoc.

État

Excellent état.

Restaurations

Quelques restaurations dans les fonds et sur le côté gauche du parquet situé sous le plateau. Marbre restauré aux coins arrière.

Commentaire

Une commode très semblable par l’esprit, estampillée par Nicolas Petit, est illustrée dans l’ouvrage de Pierre Kjellberg, Le Mobilier français du XVIIIe siècle (voir Bibliographie), p. 645. Le frisage est disposé à l’identique, dans de larges encadrements d’amarante simulant la même fausse traverse sous la ceinture. La présence du même cul-de-lampe sur une autre commode Transition, en satiné celle-là, également estampillée « N.Petit » et illustrée sur la même page, accréditerait encore cette attribution. En outre, les anneaux de tirage (les platines et les anneaux ornés d’un petit perlé) ainsi que les entrées de serrures sont d’un modèle identique sur les trois meubles.

Comme la plupart de ses confrères, Nicolas Petit possédait un atelier à la rue du Faubourg Saint-Antoine, à l’enseigne du « Nom de Jésus ». Il se fit très vite une solide réputation grâce à la qualité et la diversité de sa production. Auteur de meubles Louis XV, c’est toutefois dans le goût « à la grecque » (entendez Transition) qu’il a le mieux illustré ses talents. Sans être à proprement parler un « fournisseur de la Couronne », il livra cependant de temps à autre des pièces de mobilier au Garde-Meuble royal. De surcroît, il fournit une importante clientèle aristocratique, tant française qu’étrangère. Au reste, comme le précise Anne Droguet dans l’étude qu’elle lui a consacrée, « sa clientèle noble compte parmi la plus distinguée ». C’est ainsi qu’il travailla pour les ducs d’Orléans (premier prince de sang), de Penthièvre (ministre de la Marine), d’Harcourt (maréchal de France), de Bouillon (client régulier du marchand-mercier Daguerre), de Gramont, etc.

Signalons enfin son intéressante production de régulateurs de parquet, parmi les plus beaux et les plus riches réalisés dans le dernier tiers du XVIIIe siècle.

Références bibliographiques

  • Anne Droguet, Nicolas Petit 1732-1791, Paris, Perrin & Fils Antiquaires, Les Éditions de l’amateur, Collection « Les Cahiers du mobilier », 2001.
  • Pierre Kjellberg, Le Mobilier français du XVIIIe siècle, Dictionnaire des ébénistes et des menuisiers, Paris, Les Éditions de l’amateur, 1989.
  • Jean Nicolay, L’art et la manière des maîtres ébénistes français au XVIIIe siècle, Paris, Éditions Pygmalion, 1986.
  • Comte François de Salverte, Les Ébénistes du XVIIIe siècle, leurs œuvres et leurs marques, Paris, F. de Nobele, 1985 (septième édition).