Les Chroniques d'un Amateur professionnel

Communico ergo sum

Voilà, je suis sur Facebook. Ne me demande pas pourquoi, car l’autiste que je suis aussi, parfois, n’est pas encore bien sûr de savoir ce qu’il y fait. Mais bon, Facebook, c’est un peu comme le web en général : tu y es = tu existes.

Je me suis donc appliqué à remplir consciencieusement, langue dûment tirée, les champs consacrés aux « informations personnelles ». Et là... surprise ! Je te laisse juge, les rubriques sont les suivantes : Activités, Centres d’intérêt, Styles de musique, Émissions télé, Films, Livres, Citations, En quelques mots.

Et puis ? Les beaux-arts alors ? Ils sentent le pâté ? Pour un peu, on te demanderait quels types de cuisine tu aimes, ou encore quelle marque de caleçon tu portes. (FaceBook Investigation 2.0). Mais question peinture, architecture ou sculpture… rien, niet, nada, que dalle !

On n’est pas censé communiquer sur le plan de nos goûts artistiques sur Facebook ? C’est mal ? Antidémocratique ? Interdit par la Convention des droits de l'Étazunien ?

Je proteste.

Je suis un excellent protesteur, tout doucement dans l’allée.

Et in Artdecadia ego

« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement. » La Rochefoucauld.

« Le monde de l’art est très superficiel et très étroit, et il est vraiment facile d’atteindre son sommet. » Damien Hirst

Damien Hirst, en tête à tête avec son œuvre, For the Love of God, 2007.

Damien Hirst, tu connais I presume ? Il y a un petit moment que j’avais envie de te parler de lui. « Comment ? Un billet consacré à l’art contemporain sur ce blog réac et passéiste ? Quel est votre cursus d’abord ? »[1] Bon, tu restes courtois, sinon, je te préviens, j’écris un truc sur Jeff Koons. Non mais.

D’accord, je ne me considère pas, en effet, comme un connaisseur en matière d’art contemporain. Loin s’en faut. Je ne m’en glorifie pas, mais n’en éprouve pas grands complexes non plus, les arts anciens m’accaparant déjà passablement. Toutefois, le fait est que la première fois que j’ai vu la reproduction de For the Love of God, j’ai éprouvé des difficultés à définir ce que je ressentais vraiment. Un curieux mélange de répulsion mêlé d’intérêt et d’agacement. Et très vite, je me suis rendu compte que cette œuvre suscitait en moi tout un tas de questions et de réflexions. Or comme je me sens de nature partageuse en ce moment, j’ai décidé de t’en faire part. Dans un long, très long billet. Cache ta joie.

Alors tu connais le principe : tu gardes par-devers toi tes aigres remarques, tu remises, temporairement du moins, ton tricorne et ton épée, tu chausses tes lunettes noires rock’n roll attitude (ou rouges façon amateur d’art contemporain[2], c’est selon), tu prends ton mal en patience et tu me suis, comme d’hab’.

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Suite de quatre chaises à dos Louis XIV

Origine : Suisse.
Époque : Louis XIV, fin du XVIIe siècle.
Matériau : noyer ciré.
Dimensions : H. 107 – L. 50 – P. 45 cm.
Lieu de conservation : collection particulière suisse.

Suite de quatre chaises à dos Louis XIV, noyer naturel, mouluré et sculpté, Suisse, ca 1690. Photographie : Reno Sterchi. Copyright © 2008 L'Amateur.

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Adolf Hitler était un grand artiste

Ah, tu ne t’y attendais pas à celle-là, n’est-ce pas ? Et pourtant. Le XXIe siècle est en passe de faire cette découverte majeure. Attention, hein ! je ne te parle pas des croûtes qu’Adolf a pu commettre avant de devenir maître de l’Allemagne. Non, pour ça on est d’accord, s’il avait bien un talent artististique, avec la peinture il avait choisi le mauvais moyen de l’exprimer. Non, moi je te parle de ses activités artistiques en tant que Führer, en tant que principal artisan de la Seconde Guerre mondiale et de l’Holocauste. Car c’est avec la souffrance et avec la mort dispensées avec efficacité, sur une large échelle, qu’Hitler apparaîtra bientôt à nos contemporains comme l’un des plus grands artistes du XXe siècle.

Révoltante, ma thèse ? Absurde ? Voire.

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Retour à Champ de Bataille

Épisode I : Des Créquy aux d’Harcourt[1]

Il y a quelques semaines, je te conviai à une petite visite du château de Champ de Bataille. Il est temps pour moi de tenir mes promesses. Note que je le fais avec un brin de réticence. Et ce pour deux raisons. La première tient au fait que, parfois, lorsqu’on aime beaucoup quelque chose, on a, par pur égoïsme, envie de le garder pour soi seul. Cela dit, Champ de Bataille n’a pas attendu ton serviteur pour se tailler une belle réputation touristique. La seconde (mais qui est étroitement liée à la première), c’est que je sais cet endroit critiqué par quantité de quidams qui se croient autorisés à émettre des jugements d’ordres esthétique, historique, et même éthique, sous le prétexte qu’ils se piquent d’histoire, d’art, d’antiquités et même de goût. Bref, tu l’auras compris, Champ de Bataille, comme son nom l’indique, est, encore aujourd’hui, un lieu de controverse et de polémique. Or d’ordinaire, celles-ci ne me font pas peur. Je suis même un excellent débatteur et bretteur, tout doucement dans l’allée. Mais en ce moment, déjà accablé de lassitude pour des raisons personnelles, je me sens proprement exténué à l’idée de devoir répondre à d’ineptes remarques, dont, le plus souvent, l’ignorance le dispute à la jalousie et à la présomption. D’un autre côté, ami lecteur, je te sais de nature enthousiaste, courtois et propre sur toi. (Ne t’ai-je point fait à mon image ?) Donc rien à craindre de ton côté, pas vrai ? Alors dans ce cas, comme à Versailles au bon vieux temps louis-quatorzien, visse ton tricorne à ton chef, prends ta rapière et suis-moi !

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