Description

Petite pendule en bronze ciselé et doré à motif allégorique : coiffée de deux colombes perchées sur un nuage que traverse un flambeau, la borne centrale, abritant un cadran émaillé blanc à chiffres romains pour les heures et arabes pour les minutes, signé « Le Roy A Paris », est flanquée de deux putti. Casqué, armé d’une lance et d’un bouclier, celui de gauche est assis sur un rocher, tandis que celui de droite, ailé, muni d’un arc et d’un carquois, se tient debout et semble apprécier la rectitude de la flèche qu’il tient dans sa main droite. Les personnages et la borne reposent sur un socle porté par quatre pattes de lion, orné d’une dépouille de capriné disposée en draperie.

La pendule repose sur une terrasse en chêne plaqué de bois noirci, sur laquelle court une frise d’entrelacs en bronze ciselé et doré. Deux poignées latérales, fixées sur la frise, servent à transporter l’ensemble.

État

Parfait état de la dorure. Quelques petits éclats à l’émail en périphérie du trou du remontoir gauche.

Pendule Transition 'L'Amour triomphant de la Guerre', bronze ciselé et doré, Paris, François Vion et Charles Leroy, ca 1770. Détail : Allégorie de la Guerre. Copyright © 2008 L'Amateur.

Restaurations

Aucune. La terrasse est entièrement d’origine (y compris les vis et les clous).

Pendule Transition 'L'Amour triomphant de la Guerre', bronze ciselé et doré, Paris, François Vion et Charles Leroy, ca 1770. Détail : Allégorie de l'Amour. Copyright © 2008 L'Amateur.

Commentaire

Selon les historiens, cette pendule de bureau symbolise la Guerre et la Paix, ou, plus vraisemblablement, l’Amour triomphant de la Guerre. Il s’agit là d’un modèle de François Vion, l’un des plus grands fabricants de cabinets de pendule de l’époque Transition, avec Caffieri, Saint-Germain et Osmond. La Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet à Paris conserve un livre de dessins de pendules ayant vraisemblablement appartenu au marchand de pendules Antoine Foullet. Notre pendule y est présentée (voir reproduction ci-dessous) comme un modèle de François Vion. Elle est décrite ainsi : « Piece de Bureau, Autel à l'amour & à Mars. » On connaît également le prix auquel elle était vendue : « en Couleur L 176 ; dorure 77 ; Prix dorée 253. » Ces indications montrent qu’il s’agit d’un modèle de qualité tant son prix total de 253 livres est élevé.

Pendule Transition 'L'Amour triomphant de la Guerre', bronze ciselé et doré, Paris, François Vion et Charles Leroy, ca 1770. Dessin extrait du 'Livre de dessins de pendules' d'Antoine Foullet, manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet, Bibliothèque nationale de France, cote VI E 15 Rés., folio 34. Copyright © 2008 L'Amateur.

De cette pendule dérive un autre modèle à succès, reprenant le même socle drapé, dit « Le Retour de l’Amour » ou « La Douleur » ou encore « La Pleureuse ». Le comte d’Artois en posséda un exemplaire dans sa chambre à coucher au Palais du Temple, tandis qu’un autre faisait partie des collections de Marie-Antoinette (Musée du Louvre). D’autres spécimens encore sont présents au Musée des Arts décoratifs à Paris, au Petit Trianon et au Musée Carnavalet, ou encore chez Richard Redding.

Enfin, signalons que François Vion est également l’auteur de la pendule aux Trois Grâces, dotée d’un mouvement de Lepaute, livrée à Mme Du Barry (Musée du Louvre) le 21 mai 1774 par le marchand-mercier Poirier.

Quant à l’horloger, il s’agit selon toute vraisemblance de Charles Le Roy (1737 - ap. 1792) – ou de son fils Étienne Le Roy (1709-1771) qui prit la direction de l’atelier « Charles Le Roy » à la mort de son père. Reçu le 22 novembre 1758, ce dernier obtint très vite le titre d’Horloger du Roi. Très réputé, l’établissement Le Roy collabora avec d’excellents bronziers, dont Caffieri, Martincourt, Osmond, Saint-Germain et Vion. L’État des pendules du Roi et du Garde-Meuble au 1er janvier 1788 recense neuf pendules de signées « Charles Le Roy », toutes disposées dans les appartements intérieurs de Versailles.

Des ouvrages portant cette signature sont conservés dans les musées de Bâle, de Baltimore, de Dresde, de Malibu (J. Paul Getty Museum), de New York (Metropolitan Museum), de Paris (Musées du Louvre, Cognac-Jay, Jacquemart-André).

Références bibliographiques

  • Livre de dessins de pendules, manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Art et d’Archéologie Jacques Doucet, Bibliothèque nationale de France, cote VI E 15 Rés., folio 18.
  • Jean-Dominique Augarde, Les Ouvriers du Temps, Genève, Antiquorum, 1996.
  • Pierre Kjellberg, Encyclopédie de la pendule française du Moyen Âge au XXe siècle, Paris, Les Éditions de l’amateur, 1997.
  • Elke Niehüser, French Bronze Clocks, Atglen, Schiffer Publishing Ltd, 1999.
  • Hans Ottomeyer et Peter Pröschel, Vergoldete Bronzen, Die Bronzearbeiten des Spätbarock und Klassizismus, Munich, Klinkhardt & Biermann, 1986, T. 1.
  • Bill G.B. Pallot, L’Art du siège au XVIIIe siècle en France, Paris, ACR-Gismondi Éditeurs, 1987.
  • Alexandre Pradère, Les ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Paris, Chêne, 1989.
  • Tardy, La pendule française dans le monde, Paris, Tardy, 1994 (7e édition revue et complétée).
  • Pierre Verlet, Les Bronzes dorés du XVIIIe siècle, Paris, Picard, 1999 (2e édition).

Références internet