A quelqu’un qui te remercie, ne réponds plus : « je vous en prie », mais dis : « pas de problème », ou mieux encore : « pas de souci ».Tu ne saisis pas le rapport ? A vrai dire personne ne le saisit. Si ce n’est que, peut-être, le fait de dire merci semble devenu problématique pour certains.

D’ailleurs, préfère dorénavant et systématiquement le substantif souci à celui de problème, ce dernier étant désormais à proscrire de ton vocabulaire. Exemple : « Monsieur Boulu, j’ai un souci avec l’une des marches de mon d’escalier qui est cassée. » Là, normalement, tu constateras que souci confère d’emblée un caractère beaucoup plus réfléchi à ta déclaration. En effet, avoir des problèmes, c’est à la portée de n’importe quel péquin. Mais se faire du souci, tout en prenant l’air préoccupé qui va avec, ça te pose un homme.

Quand tu as des excuses à présenter, au lieu de « veuillez m’excuser », dis simplement : « je m’excuse ». Car en matière d’excuses, tu me l’accorderas, on n’est jamais si bien servi que par soi-même. Si tu tiens vraiment à marquer ton embarras, tu peux articuler, très vite, un « désolé », à la mode britannique. Concis, sobre et efficace. C’est en effet un moyen habile de renverser les rôles. Et de replacer le sujet sur soi - ce qui est quand même le but de toute bonne conversation, n’est-ce pas ?

Tu as dit une sottise et tu cherches une formule passe-partout qui te permette de sauver la face ? Dans ce cas, je ne saurais assez t’encourager à user de l’expression « au temps pour moi ».[1] . Personne ne la comprend vraiment, mais c’est précisément ce côté abscons qui plaît. Parce qu'il te donne l’air moins… parce qu'il donne à tous l’impression que tu reconnais ton erreur mais que tu n'en penses pas moins. Merci qui ?

Dans un même ordre d’idées, il n’est pas dommage que tu aies malencontreusement brisé ta belle jatte de Sèvres. Non. Et ça n’est même pas regrettable. Non, c’est dommageable. Plus long à dire, certes, mais tellement euphonique, tu ne trouves pas ?

Es-tu encore de ceux qui mènent leur vie bon an mal an ? Oui ? Dans ce cas, il me semble important de te signaler, mon petit bonhomme, qu’une vie, aujourd’hui, ça se gère. Oui-da, ça se gère comme une fortune, un empire immobilier ou une administration. Tu as des sentiments ? Oui ? Eh bien eux aussi, tu les gères, sinon ça traîne partout et ça fait désordre. Pour tout dire, ce verbe est l’un de mes préférés. C’est un peu comme des chaussettes blanches : ça va avec tout. Paraît-il.

Enfin, ami collectionneur, lorsque tu te trouves dans la galerie d’un antiquaire et que tu remarques un objet qui te plaît, de grâce, ne t’exclame surtout pas qu’il est beau ou intéressant ! Non, grands dieux non ! Tu dis, l’air de ne pas y toucher, qu’il est amusant. Et si l’antiquaire finit par te faire un bon prix, tu peux même aller jusqu’à le qualifier - l’objet, pas l’antiquaire - de sympathique.

Bon. That’s all, folk ! comme disait Virgile. La prochaine fois, si tu es sage, on parlera espace et convivialité.

Notes

[1] Expression qu’il n’est d’ailleurs pas insensé d’écrire « autant pour moi », contrairement à ce qu’on lit de-ci de-là, attendu que son origine militaire reste très sujette à caution.