Les Chroniques d'un Amateur professionnel

Précis de conversation contemporaine

Il est connu de toi tous que j’aime les vieux trucs. Au point que j’en ai fait mon métier. Amateur de vieux trucs. J’hésite à mettre ça, parfois, sur ma carte de visite. L’autre jour, quelqu’un m’appelle. « Vous expertisez aussi les peintres de maintenant ?

- Non, pas du tout, je regrette. Je me limite à la peinture ancienne.

- Ah d’accord ! vous faites seulement les vieux tableaux ! »

En fait, non, je ne fais pas de vieux tableaux, ai-je été tenté de répondre. Je n’ai pas ce talent. Mais sinon, en tant qu’expert en arts anciens, oui, c’est effectivement l’idée : je m’occupe bien de vieux tableaux. Et vu le nombre de siècles, de pays et d’écoles que couvre l’expression vague d’« arts anciens », cela suffit amplement à mon bonheur.

Au reste, ce qui est vrai pour les beaux-arts ou les arts appliqués vaut pour nombre d’autres domaines, je le reconnais volontiers. Domaines parmi lesquels se trouvent la musique, le cinéma et, évidemment, le langage et la littérature. Toutefois, je me rends compte qu’à chérir les antiquités langagières, on se heurte vite aux limites de la communication. Soit je ne me fais pas comprendre, soit j’entrave que dalle à ce qu’on me jacte dans les esgourdes.

Du coup, je me suis mis à collectionner certains mots et expressions auxquels je n’étais pas très accoutumé, insuffisamment ancré que je suis, sans doute, dans le quotidien du jour d’aujourd’hui. A les collectionner et à les traduire. Car qui sait ? toi aussi, peut-être, tu éprouves l’envie de comprendre de quoi qu’on te cause, parfois. Toi aussi, peut-être, tu as à cœur de te faire entendre. Bref, toi aussi, peut-être, tu en as marre de passer pour un vieux con. Si tel est le cas, suis-moi et apprends.

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Communico ergo sum

Voilà, je suis sur Facebook. Ne me demande pas pourquoi, car l’autiste que je suis aussi, parfois, n’est pas encore bien sûr de savoir ce qu’il y fait. Mais bon, Facebook, c’est un peu comme le web en général : tu y es = tu existes.

Je me suis donc appliqué à remplir consciencieusement, langue dûment tirée, les champs consacrés aux « informations personnelles ». Et là... surprise ! Je te laisse juge, les rubriques sont les suivantes : Activités, Centres d’intérêt, Styles de musique, Émissions télé, Films, Livres, Citations, En quelques mots.

Et puis ? Les beaux-arts alors ? Ils sentent le pâté ? Pour un peu, on te demanderait quels types de cuisine tu aimes, ou encore quelle marque de caleçon tu portes. (FaceBook Investigation 2.0). Mais question peinture, architecture ou sculpture… rien, niet, nada, que dalle !

On n’est pas censé communiquer sur le plan de nos goûts artistiques sur Facebook ? C’est mal ? Antidémocratique ? Interdit par la Convention des droits de l'Étazunien ?

Je proteste.

Je suis un excellent protesteur, tout doucement dans l’allée.

Au début était le geste

« La peinture, ce n'est pas copier la nature mais c'est apprendre à travailler comme elle. »
Pablo Picasso

Drame video en trois actes

1. La création - 2. L'imitation - 3. L'appropriation

Acte I - La Création

Acte I - La Création


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